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Conduire après un AVC

L’ensemble des déficits physiques, cognitifs et sensoriels que présentent les personnes hémiplégiques suite à un accident vasculaire cérébral (AVC) influence leur capacité à conduire en toute sécurité. 
Cependant, l’enjeu de la reprise de la conduite chez ces personnes est majeur car elle conditionne leur indépendance et donc leur réinsertion sociale et professionnelle.
La conduite automobile est une activité complexe nécessitant une interaction continue de capacités et d’habiletés physiques, perceptives, cognitives et psychologiques. Le comportement dans le trafic en général dépend de quatre éléments :

  • 1. des fonctions de base telles que la perception visuelle et auditive, la concentration, l’attention, la mémoire et le traitement d’information.
  • 2. des compétences spécifiques motrices, comme la maîtrise du véhicule, cognitives, comme la possibilité de prendre des décisions adaptées.
  • 3. une connaissance du code de la route, des risques liés au trafic.
  • 4. l’attitude du conducteur selon les normes et valeurs d notre société.

La conduite d’un véhicule suppose que le conducteur soit physiquement et juridiquement apte.

Les conditions d’aptitudes pour l’obtention ou le maintien du permis de conduire sont règlementées par des articles du code de la route (R123 à R129, R186, R 224 et R412). Elles sont complémentées par un certain nombre d’arrêtés (27 nov. 62, 7 mars 73, 31 juillet 75, 10 octobre 91, 7 mai 97, 21 décembre 2005,31 août 2010 et  31 juillet 2012). Ces textes fixent « …la liste des affections médicales incompatibles avec l’obtention et le maintien du permis de conduire ou pouvant donner lieu à la délivrance de permis de conduire de durée de validité limitée ».
Les  principes sont les suivants :

  • « Conformément à l'article R. 412-6 du code de la route, tout conducteur de véhicule doit se tenir constamment en état et en position d'exécuter commodément et sans délais toutes les manœuvres qui lui incombent.
  • Tant pour le groupe léger (catégories A, B, B+E, et sous catégories A1 et B1) que pour le groupe lourd (catégories C, C+E, D, D+E et sous catégories C1, C1+E, D1 et D1+E), le permis de conduire ne doit être ni délivré ni renouvelé au candidat ou conducteur atteint d'une affection susceptible de constituer ou d'entraîner une incapacité fonctionnelle de nature à compromettre la sécurité routière lors de la conduite d'un véhicule. La décision de délivrance ou de renouvellement du permis est prise suite à l'avis de la commission médicale départementale ou d'un médecin agréé consultant hors commission. Le contrôle médical consiste en une évaluation physique, cognitive et sensorielle.
  • L'avis adressé au préfet peut contenir, si les conditions l'exigent pour la sécurité routière, des propositions de mentions additionnelles ou restrictives sur le titre de conduite.
  • Avant chaque examen médical par un médecin agréé ou un médecin membre de la commission médicale, le candidat ou le conducteur remplira une déclaration décrivant loyalement ses antécédents médicaux, une éventuelle pathologie en cours et les traitements pris régulièrement.
  • Un test de conduite par une école de conduite peut être demandé par la commission médicale.
  • Le médecin agrée peut faire appel à un spécialiste.

L’évaluation de l’aptitude à la conduite automobile de la personne hémiplégique nécessite donc une approche pluridisciplinaire : médecins, neuropsychologue, ergothérapeute concernant les séquelles spécifiques. Le handicap locomoteur seul n’est pas une contre-indication à la reprise du volant. Par contre ce sont les troubles cognitifs qui sont plus problématiques et doivent être systématiquement recherché avant toute reprise de la conduite. On associe à une évaluation psychométrique réalisée par un neuropsychologue, une évaluation en situation réelle de conduite proposée par un ergothérapeute en collaboration avec une auto-école. Seul un test pratique peut donner un aperçu des performances réelles de la personne au volant et permettre de proposer ou de vérifier la mise en place de stratégies de compensations. Il est évident que chaque personne doit être conseillée individuellement. Plusieurs aspects du tableau clinique que peut présenter une personne ayant subi un AVC doivent être abordés spécifiquement :

  • Le handicap moteur : l’examen médical tiendra compte du déficit moteur mais également du déficit sensitif superficiel et proprioceptif, du tonus, de la coordination et de l’équilibre. Le handicap moteur peut être compensé par une adaptation personnalisée du véhicule.
  • La fonction visuelle : un AVC peut engendrer une modification du champ visuel (Hémianopsie Latérale Homonyme) et dans une moindre mesure une baisse de l’acuité visuelle. Une HLH réduisant le champ visuel horizontal à 120° rend la personne inapte à conduire. En effet elle ne perçoit plus tous les éléments, obstacles ou personnes qui se trouvent sur les zones latérales. La baisse de l’acuité visuelle peut généralement  être compensée par une simple correction optique. La présence d’une diplopie (vision double les deux yeux ouverts) permanente qui ne peut être corrigée par aucune thérapeutique optique ou chirurgicale entraîne une contre indication à la conduite. Dans tous les cas un examen chez un ophtalmologiste et/ou un orthoptiste est nécessaire.
  • L’épilepsie : un AVC augmente le risque de crise d’épilepsie, à fortiori si une intervention neurochirurgicale a eu lieu. Certaines personnes reçoivent une thérapie anti-épileptique. Les caractéristiques de l’épilepsie, sa fréquence, ses facteurs déclenchants et son évolution sont prises en compte au cours d’un examen médical. Ainsi : L’absence de crise depuis au moins cinq ans, permet la délivrance d’une autorisation définitive de conduire. Toute personne épileptique n’ayant pas fait de crise depuis au moins un an pourra se voir délivrer une autorisation temporaire de conduire si les conditions sont réunies. Un EEG sans anomalie épileptique est requis. En cas de modification ou d’arrêt de traitement ordonnés par un médecin, il peut être recommandé à la personne de respecter une période de six mois sans conduire ; en cas de crise, puis de réintroduction du traitement précédent, la personne doit cesser de conduire pendant trois mois.
  • L’aphasie (trouble du langage) : Vis-à-vis de la réglementation du permis de conduire, l’aphasie n’est pas mentionnée comme une cause formelle d’incapacité. C’est au médecin agréé ou au médecin membre de la Commission Médicale d’aptitude au permis de conduire d’en décider. L’aphasie motrice pure (expression orale et élocution très perturbées) reste compatible avec la conduite automobile. Il est conseillé à la personne de porter sur elle une carte expliquant ses difficultés de langage, pour demander son chemin, pour s’expliquer auprès des représentants de la gendarmerie ou dans une station service. Dans le cas d’une aphasie sensorielle ou mixte (compréhension très altérée et expression orale fluente mais non informative), la situation est plus délicate car dans de nombreux cas, la personne peut se retrouver en incapacité de comprendre les signes routiers ou informations qui lui proviennent du trafic.
  • Les fonctions cognitives : c’est la raison la plus fréquente d’inaptitude à la conduite. L’examen neuropsychologique est une étape incontournable pour évaluer la mémoire, les temps de réaction, les processus attentionnels, les capacités visuo-persceptives, les capacités de jugement et de prise de décision, la perception du risque, la flexibilité mentale, le comportement, l’agressivité ou l’irritabilité. Des troubles neuropsychologiques sévères sont une contre indication à la reprise de la conduite. La présence d’une anosognosie où la personne méconnait ses déficits, est une condition d’inaptitude à la conduite. Elle empêche la personne d’adopter une conduite adaptée, anticipative et défensive, basée sur la bonne connaissance de ses limites.
  • L’apraxie (incapacité à réaliser correctement des mouvements en dehors d’un trouble moteur) est incompatible avec une aptitude à la conduite.

Au terme des différentes évaluations réalisées, c’est à la personne d’effectuer les démarches nécessaires à l’obtention de l’autorisation de conduire. La personne peut prendre rendez-vous auprès d’un médecin agréé. Elle ne doit en aucun cas se rendre chez son médecin traitant, même s’il figure sur la liste des médecins agréés. Différents documents seront à produire (pièces d’identité, photos, permis de conduire, imprimé « avis médical » CERFA n°14880*01), l’examen médical n’est pas pris en charge par la sécurité sociale. La liste des documents ainsi que la liste des médecins agréés se trouvent en mairie ou en préfecture ainsi que sur le site Internet de la préfecture du département. Une personne qui n’est pas d’accord avec l’avis rendu par un médecin agréé peut faire appel de la décision auprès de la commission de d’appel en cas d’aptitude temporaire, d’aptitude avec restrictions d’utilisation du permis ou d’inaptitude.


Au total :
► Vous avez eu un AVC, vous devez vous demandez si vous pouvez reconduire.
 
► Adressez-vous à un médecin qui fera le point sur les contre-indications et préconisera des évaluations complémentaires selon vos séquelles (ergothérapeute, neuropsychologue, orthoptiste, moniteur auto-école).
 
► Puis prenez rendez-vous auprès d’un médecin agréé que vous choisirez sur la liste disponible sur le site de votre préfecture.


Nathalie LEBARON - Ergothérapeute
Corinne JOKIC – Médecin MPR
SSR Système Nerveux - CH Aunay Sur Odon (14)
Octobre 2014

   France AVC Normandie - Bulletin n°9 - Janvier 2015